Dr Amadou Dramé | Chercheur associé

État, normes et conflits politiques
Centre Marc Bloch, Friedrichstraße 191, D-10117 Berlin
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Discipline : Histoire |

Biographie

Amadou Dramé est titulaire d’un doctorat d’histoire moderne et contemporaine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (2016). Il a démarré ses recherches doctorales avec la subvention du Conseil pour le développement de la Recherche en Sciences sociales en Afrique (CODESRIA), basé à Dakar. Ce financement lui a donné l’occasion d’effectuer des voyages d’échanges à Ouagadougou (août-septembre 2013) et à l’Université de Yaoundé (septembre-octobre 2014) dans le cadre des programme de mobilités des jeunes chercheurs en Afrique. En 2015, Amadou a obtenu la bourse doctorale de la Coopération française. Avec ce financement, il a effectué des séjours (2015 et 2016) de recherches au Centre de recherches en histoire internationale et atlantique (CRHIA) de l’Université de Nantes.

Après avoir soutenu sa thèse en septembre 2016, il a obtenu la bourse postdoctorale du programme transnational « La bureaucratisation des sociétés africaines » de l’Institut historique allemand (IHA) de Paris et du Centre de recherche sur les politiques sociales (CREPOS) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Ses domaines de recherche sont l’islam en Afrique de l’Ouest, la mise en fiche des lettrés musulmans, la construction de la figure du suspect en contexte colonial, l’identité religieuse en contexte colonial et la bureaucratisation des sociétés musulmanes en Afrique de l’Ouest, les mobilités religieuses/islamiques transnationales, les espaces de productions de savoirs dits islamiques dans le contexte postcolonial en Afrique de l’Ouest.

Sujet de recherche

Ficher les identités individuelles en situation coloniale : la politique d’identification des lettrés musulmans en Afrique occidentale française (AOF)

 

La question musulmane en Afrique occidentale française a déjà donné lieu à une abondante littérature, depuis l’étude des ethnographes coloniaux (Maurice Delafosse, Henri Gaden) à des celle des spécialistes des Affaires musulmanes (Robert Arnaud, 1906 ; Alain Quellien, 1910 ; Paul Marty, 1917 et 1922). Historiens, politistes ou anthropologues se sont en effet particulièrement intéressés aux rapports entre les lettrés musulmans et le pouvoir colonial français en Afrique de l’Ouest. Ces travaux ont développé l’hypothèse d’un modèle dominant de coopération dans lequel chaque partie trouva son avantage. Il s’agit de la notion d’accommodation. Pour les historiens français Jean-Louis Triaud et nord-américain David Robinson (Triaud & Robinson, 1997 ; Robinson, 2000) cette notion rend mieux compte de la réalité de ce contexte que l’alternative trop tranchée entre “collaboration” et “résistance”. Ils situent l’émergence de ce modèle au cours des années 1890-1910. Durant ces années, « les marabouts d’une nouvelle génération conscients de l’impossibilité d’une résistance armée efficace, constatent certains avantages de « la paix française[1]» par rapport à l’état précédent de jihad[2]». Ces marabouts vont ainsi être au-devant de « la politique musulmane », formulée par les « experts » venus, pour la plupart, d’Algérie et de la Tunisie dans le sillage de Jules Cambon ou encore d’Alfred Le Châtelier[3]. Cette perspective, bien que mobilisée avec pertinence ces chercheurs, ne doit, toutefois, pas occulter la violence consubstantielle de cette politique d’accommodation dans la mesure où elle n’a jamais exclue la surveillance[4]. Cela, à cause du fait que l’islam, en général, sa nature confrérique ouest-africaine tout particulièrement, est traité comme un ennemi à affaiblir, étant donné que les prétentions universalistes dont il est porteur s’avéraient incompatible avec le projet colonial d’hégémonie culturelle (Thioub, 2005). Par conséquent, pour contenir les marabouts dans un vaste réseau de surveillance, la France a initié des dispositifs documentaires de contrôle et de surveillance de ceux-ci. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre leur fichage et l’instauration du laissez-passer pour les lettrés musulmans qui voyageaient hors du cercle administratif où ils résidaient. Autrement dit, il était imposé à chaque lettré qui se déplaçait hors de sa circonscription administrative d’origine et/ou de résidence de se procurer d’un laissez-passer auprès de l’autorité compétente ; en l’occurrence le Commandant de cercle le plus souvent[5]. Le document précisait l’itinéraire théoriquement prévu par la personne. La durée de validité de l’autorisation était également inscrite[6].

 

Mon projet explore ce volet de la politique musulmane de l’administration coloniale française en Afrique de l’Ouest. Pour ce faire, je m’intéresse à la trajectoire du Bureau des Affaires musulmanes (BAM), mis en place au sein du Gouvernement général de l’AOF en 1906. S’inspirant de la méthode d’identification et de surveillance des « bureaux arabes » de l’Algérie coloniale, le BAM, a dès sa création initié une technique de contrôle des lettrés musulmans centrée le fichage – fiche de renseignements et formulaire d’enquêtes internes. Ces documents identificatoires renferment des informations portant sur l’état civil, le lieu de résidence, la mobilité (la fréquence des voyages, le pèlerinage à la Mecque), la situation matrimoniale (alliances matrimoniales), l’appartenance confrérique, la situation sociale, etc. Leur élaboration obéit à une véritable procédure bureaucratique qui fait intervenir différents échelons de l’appareil administratif colonial : d’abord le chef du bureau des Affaires musulmanes et ses agents – établis au siège du Gouvernement général –, ensuite le directeur des Affaires indigènes – délégataire dans ce domaine des pouvoirs du Lieutenant-gouverneur –, enfin le commandant de cercle, l’interprète et les chefs de cantons et de villages. Il s’agit dans cette étude d’expliquer les interactions entre ces différents niveaux de renseignement et de voir dans quelle mesure celles-ci peuvent être analysées sous l’angle des exigences de la gouvernementalité (Foucault, 1984) coloniale.

 

La base empirique de ce travail est les dossiers d’archives conservés à la Direction des Archives du Sénégal (DAS), au centre d’Archives d’Outre-mer d’Aix-en-Provence et au Centre des Archives diplomatiques de Nantes (CADN). Il s’agira, dans ces dépôts d’archives, d’exploiter les fiches de renseignements et toutes autres sources d’archives (circulaires, décrets, arrêtés, décisions, etc.) afin de mieux saisir les contours de la politique coloniale d’individualisation des lettrés musulmans.

 

[1]D. Robinson, 2000, Paths of Accommodation Muslim Societies and French Colonial Authorities in Senegal and Mauritania, 1880–1920, Ohio University Press, p. 17, 361 p.

 

[2]Ibid.

 

[3]Voir, à ce propos, J.-L., Triaud, 2010, « L’islam au sud du Sahara. Une saison orientaliste en Afrique occidentale », Cahiers d’études africaines [En ligne], 198-199-200 | 2010, mis en ligne le 02 janvier 2013, consulté le 30 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/etudesafricaines

 

[4]Je pense aux chercheurs du programme franco-américain qui avait pour thème : « Sociétés musulmanes sous domination coloniale française en Afrique occidentale. Ce programme a contribué à la publication de plusieurs contributions brillantes. On cité les ouvrages de références suivants : D. Robinson, & J.-L., Triaud, 1997, Le temps des marabouts. Itinéraires et stratégies islamiques en Afrique occidentale française, 1880-1960, Paris, Karthala, 583 p.J-L., Triaud & D. Robinson, 2005, La Tijâniyya. Une confrérie musulmane à la conquête de l'Afrique, Paris, Karthala, 512 p.

 

[5]ANS, 17G3, arrêté instituant le laissez-passer des marabouts, 20 octobre 1906.

 

[6]Ibid.

 

Ficher les identités individuelles en situation coloniale : la politique d’identification des lettrés musulmans en Afrique occidentale française (AOF)

La question musulmane en Afrique occidentale française a déjà donné lieu à une abondante littérature, depuis l’étude des ethnographes coloniaux (Maurice Delafosse, Henri Gaden) à des celle des spécialistes des Affaires musulmanes (Robert Arnaud, 1906 ; Alain Quellien, 1910 ; Paul Marty, 1917 et 1922). Historiens, politistes ou anthropologues se sont en effet particulièrement intéressés aux rapports entre les lettrés musulmans et le pouvoir colonial français en Afrique de l’Ouest. Ces travaux ont développé l’hypothèse d’un modèle dominant de coopération dans lequel chaque partie trouva son avantage. Il s’agit de la notion d’accommodation. Pour les historiens français Jean-Louis Triaud et nord-américain David Robinson (Triaud & Robinson, 1997 ; Robinson, 2000) cette notion rend mieux compte de la réalité de ce contexte que l’alternative trop tranchée entre “collaboration” et “résistance”. Ils situent l’émergence de ce modèle au cours des années 1890-1910. Durant ces années, « les marabouts d’une nouvelle génération conscients de l’impossibilité d’une résistance armée efficace, constatent certains avantages de « la paix française[1]» par rapport à l’état précédent de jihad[2]». Ces marabouts vont ainsi être au-devant de « la politique musulmane », formulée par les « experts » venus, pour la plupart, d’Algérie et de la Tunisie dans le sillage de Jules Cambon ou encore d’Alfred Le Châtelier[3]. Cette perspective, bien que mobilisée avec pertinence ces chercheurs, ne doit, toutefois, pas occulter la violence consubstantielle de cette politique d’accommodation dans la mesure où elle n’a jamais exclue la surveillance[4]. Cela, à cause du fait que l’islam, en général, sa nature confrérique ouest-africaine tout particulièrement, est traité comme un ennemi à affaiblir, étant donné que les prétentions universalistes dont il est porteur s’avéraient incompatible avec le projet colonial d’hégémonie culturelle (Thioub, 2005). Par conséquent, pour contenir les marabouts dans un vaste réseau de surveillance, la France a initié des dispositifs documentaires de contrôle et de surveillance de ceux-ci. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre leur fichage et l’instauration du laissez-passer pour les lettrés musulmans qui voyageaient hors du cercle administratif où ils résidaient. Autrement dit, il était imposé à chaque lettré qui se déplaçait hors de sa circonscription administrative d’origine et/ou de résidence de se procurer d’un laissez-passer auprès de l’autorité compétente ; en l’occurrence le Commandant de cercle le plus souvent[5]. Le document précisait l’itinéraire théoriquement prévu par la personne. La durée de validité de l’autorisation était également inscrite[6].

Publications

Ouvrage :                               

Renseigner et surveiller en contexte colonial : La fabrique de la figure du suspect en Afrique occidentale française (1846-1957), (à paraître chez Karthala en mars 2020)

Revues à comité de lecture :

Sous presse, | “Monitoring mobility in a colonial context: the laissez-passer of Muslim elites in French West Africa (1906-1946)”, Critical African Studies. Numéro thématique dirigé par Rogers Orock, Nicolas R Smith and Joshua D. Walke: « Suspicion and African Studies”.

Sous presse, | Identifier les personnes « suspectes » : la bureaucratie coloniale et la surveillance des marabouts en Afrique occidentale française (AOF), 1906-1946, Outre-mer,  n° 404-403 (varia à paraître décembre 2019)

Sous presse, « Broussard » versus bureaucrate : Réflexion sur la posture du Commandant de cercle dans l’identification et de la surveillance des marabouts en AOF (1906-1946) », French Colonial History 21, 153-171.

Dramé, A., 2017, « Le bureau des Affaires musulmanes (BAM) du gouvernement général de l’AOF : histoire d’une institution de surveillance des marabouts », Bulletin de l’Ifan (Bifan), série B.

Dramé, A., 2018, « Espace colonial, Islam et administration française : Analyse de la surveillance des marabouts en Afrique de l’Ouest (1895-1920) », Annales de la Faculté des Lettres et Sciences, n°1, Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

 Chapitres d’ouvrages :

Sous presse, | « Les fiches de renseignements des marabouts en Afrique occidentales françaises : réflexions autour d’une source d’archives coloniales », N., Courtin, J.-P. Bat, V. Heribérin, Renseigner en situation coloniale, Presse Universitaire de Rennes (PUR).

Sous presse, | « Monitoring mobile "suspects": The transnational identification of Muslim scholars from French West Africa in al-Azhar (Cairo, Egypt) 1946-1958”, S. Awenengo-Dalberto, R. Banégas, Biometric Citizenship? The Social Life of IDs in Africa, Routledge, 2020.