Denis Eckert | Chercheur associé

Mobilités, Migrations, Recomposition des espaces
Centre Marc Bloch, Friedrichstraße 191, D-10117 Berlin
Email: eckert  ( at )  cmb.hu-berlin.de Tél: 030 / 2093 70 718

Institution principale : CNRS | Position : Directeur de recherche | Discipline : Géographie urbaine , Géographie |

Biographie

Denis Eckert a été en poste dans différents centres de recherche en France, Russie et Allemagne (Montpellier, Paris, Toulouse, Moscou, Berlin), successivement comme chargé puis directeur de recherche au CNRS. Il a également été visiting fellow à Montréal (CIRST) et à Leipzig (Leibniz-Institut für Länderkunde). Il a exercé différentes responsabilités (directeur d'UMR, de revue) et a été membre de différentes instances d'évaluation de la recherche (Agence Nationale de la Recherche, Comité National du CNRS) et de jurys de programmes.

IIl a dirigé pendant 12 ans la revue en ligne "Mappemonde" consacrée à la question de l'image et de la carte et de leurs usages.

Fichier avec CV
Sujet de recherche

Keywords: Ukraine, Russia and Eastern Europe • Geography of science and innovation • Cities & knowledge • Cartography and vizualisation of spatialized data

 

Denis Eckert travaille sur des questions de géographie régionale et urbaine, dans deux domaines différents. Son premier centre d'intérêt porte sur les dynamiques territoriales de l'Europe centrale et orientale, et notamment sur les "Etats de l'entre-deux" comme l'Ukraine, à la charnière des zones d'influence de la Russie et de l'Union européenne. Il a publié récemment sur l'histoire des tracés frontaliers dans cette zone et le Donbass, et effectue des travaux de terrain sur les migrations de la jeunesse (notamment les étudiants). Il coordonne au Centre Marc Bloch un petit groupe de chercheur.e.s qui, dans le cadre du Pôle "Migrations, Mobilités, Reconfiguration des Espaces", s'intéresse plus particulièrement à l'Europe orientale et à son évolution à l''époque contemporaine, en le définissant comme un espace d'incertitudes où les "horizons d'attente" des populations sont à construire par les individus, en l'absence de perspectives stables proposées par l'Etat.

 

Par ailleurs, il travaille sur les dynamiques géographiques du monde académique, et particulièrement sur les ancrages territoriaux de l'activité de recherche. Il a dirigé dans ce domaine de nombreux projets (ANR Géoscience, projets du Labex SMS à Toulouse) dans un cadre interdisciplinaire (géographie, sociologie, histoire) relevant du domaine des "Sciences and Technology Studies". Il à ce sujet travaillé tant à l'échelle mondiale, sur l''évolution des "villes de la science" qu'à des études de cas nationales (Russie, Allemagne).

 

Il est enfin très impliqué dans la réflexion sur la visualisation et la cartographie, notamment du côté des outils de géovisualisation "en ligne".

 

L’Ukraine, espace instable de l’Est européen

Villes et régions d'Ukraine dans un champ migratoire mondialisé: une analyse à partir des flux d'étudiants

Villes et régions d'Ukraine dans un champ migratoire mondialisé: une analyse à partir des flux d'étudiants

L'Ukraine est actuellement surtout vue comme pays émetteur de flux migratoires, du fait de sa situation économique fragile et du conflit qui a éclaté à l'Est du pays en 2014. Mais les migrations de travail et d'étude étaient largement antérieures. Le pays est notoirement le point de départ de nombreuses migrations de travail, par exemple vers la Pologne (ce massivement, sans doute plus d'un million, voire deux millions, de travailleurs et étudiants) mais aussi vers d'autres destinations comme l'Italie ou le Portugal. Les liens avec la Russie sont aussi, bien évidemment, très anciens et durables.

Ces migrations vers l'étranger sont assez bien documentées, par exemple en Pologne où les sociologues sont très attentifs à ces mouvements, aux modalités d'insertion des migrants. Toutefois, l'aspect spatial de ces migrations est moins connu: quels sont les régions, les lieux de destinations qui, en Europe, reçoivent le plus de migrants? Par ailleurs, ces migrations doivent aussi être prises dans un continuum: l'historique familial des migrations par exemple est moins connu.

Mais il faut aussi examiner la question dans l'autre sens, analyser les flux migratoires qui se dirigent vers l'Ukraine. Car ce pays est aussi une destination pour des migrants en quête de travail et de formation. Lviv et Kharkiv par exemple sont notoirement des destinations pour des étudiants en provenance de pays étrangers, parfois lointains.

L'idée est de confronter, en prenant appui sur les migrations étudiantes, les mouvements migratoires émis par l'Ukraine (destinations, modalités) avec les migrations reçues, pour comprendre de manière globale et intégrée comment le pays se situe dans un champ migratoire européen et mondial.

Les pratiques transnationales émancipatrices face au « paradigme espéranto ». Expériences du long XXe siècle

A partir de la fin du XIXe siècle, les échanges internationaux s’intensifient. Alors que les revendications nationales se renforcent avec la multiplication des États-nations, on voit apparaître des formes de coordination internationale de niveau mondial. Des organisations interétatiques régissant les échanges sont créées. L’usage d'une poignée de langues dominantes (français, anglais, allemand) se généralise parmi les élites, ce qui favorise le développement d’une sociabilité internationale s’exprimant notamment à travers les sociétés savantes et philanthropiques. Mais qu’il s’agisse de la première Internationale ouvrière en 1864 ou de la Chambre de commerce internationale en 1919, la mondialisation associative s’opère dans un cadre où des délégations nationales coopèrent et interagissent. Qu’elles émanent des États ou d'organisations de nature politique ou économique, les structures qui visent à moderniser et à standardiser le monde partent donc toujours d'une unité de base qui repose sur la nation.

Dans le même temps, on observe l’émergence de nombreux mouvements issus de mécanismes de mobilisation citoyenne ou   militante, qui se sont engagés sur une autre voie des relations entre des peuples de langues et de nationalités différentes : ne partant pas de « l’unité nation », sans projet direct et immédiat de transformation politique, ils renforcent les  échanges directs entre des citoyens partageant une même vision du monde. Ces mouvements ne reposent pas sur une théorie ou une structure associant les nations mais élaborent peu à peu des pratiques nouvelles de l’action collective transnationale. Opérant souvent dans des franges minoritaires de la société, leur contribution à l’établissement d’une sociabilité transnationale a été négligée par une histoire largement consacrée aux mouvements qui, s’ils ne sont pas toujours majoritaires, entraînent toutefois les masses dans leur sillage. Le « paradigme espéranto » intervient ici. La notion fait référence au mouvement pour l’établissement et la diffusion d’une langue de communication « neutre », dont l’histoire invisible aux yeux des cultures dominantes rejoint le sort des libres-penseurs, des mouvements de retour à la nature (Lebensreform), d’émancipation des femmes, mais aussi des communautés de savants hors du cadre académique. Le « paradigme espéranto » désigne ainsi dans notre proposition une forme innovante et autonome de l’association non contraignante entre des individus mettant en œuvre leur action au-delà des frontières. A travers son caractère radical – instaurant une langue supra-nationale non institutionnalisée visant à abolir l’impérialisme culturel -  le phénomène espéranto, dont bien des conséquences théoriques restent à analyser, nous permet de saisir les caractéristiques d’autres communautés épistémiques restées elles aussi dans l’ombre de l’histoire. Il nous donne à voir un grand nombre de configurations échappant aux catégories existantes.

Contrairement à l’internationalisme socialiste ou au lobbying interétatique, ces mouvements ne se résument pas à des formes de coordination hiérarchisée entre sections nationales. Ainsi, la question de la communication et par conséquent de la langue se place au premier plan. Dans les années 1880, l'hypothèse d'une langue de communication universelle est à l'ordre du jour et provoque d'intenses débats, notamment à la Philosophical Society de Philadelphie, la société savante fondée par Benjamin Franklin.

L'espéranto, dont les premiers textes sont publiés en 1887 à Varsovie, est alors la seule proposition d'ingéniérie linguistique interculturelle qui parvient à s'enraciner dans une communauté mondiale. Ce succès est dû notamment aux modes d'organisation que se donnent les espérantistes, à travers des annuaires fournissant la possibilité de contacts interpersonnels, l’établissement d’une presse indépendante et la dissémination d’une sociabilité temporaire par des congrès et rencontres de toute nature. Ils mettent en œuvre un transnationalisme pratique, de dimension rapidement mondiale, qui prend résolument sa place hors du contrôle des États et des institutions internationales. Peu à peu, en tissant un réseau basé sur des formes très souples d'engagement des individus, le mouvement espérantiste donne vie à une nouvelle pratique égalitaire d'échanges entre citoyens de différentes langues et cultures, préfigurant un monde libéré de ses frontières.

D'autres mouvements réformateurs de la période contemporaine sont aussi parvenus à une diffusion mondiale de leurs idées, de leurs croyances ou de leurs modes de vie, à l'écart des tutelles institutionnelles et des affiliations politiques. On les rencontre tant dans le domaine des pédagogies nouvelles construisant l’autonomie de l’enfant, du mouvement coopératif qui vise à transformer les rapports économiques par la pratique, des comportements instaurant un nouveau rapport avec la nature et les animaux, des religions syncrétiques de tendance irénique que des mouvements féministes ou de jeunesse. L'histoire de cette coopération entre citoyens mérite d'être examinée dans ses dimensions sociale et culturelle, au niveau des acteurs individuels, des petits collectifs (groupes militants) et des réseaux, dans les interactions entre mobilisations locales et échanges transnationaux. Fondées sur l’établissement de nouvelles pratiques quotidiennes plus que sur le culte d’une transformation sociale lointaine et téléologique, ces formes de sociabilités nouvelles ont souvent donné lieu à une production littéraire et intellectuelle dont la spécificité reste à saisir. Leur caractéristique commune réside dans l'association entre un objectif de nature idéaliste et des modes d'organisation et de communication gouvernés par la pragmatique. La singularité de l'expérience espérantiste – dont la raison d'être réside dans son caractère mondial et transnational -  permet-elle de regarder d'une manière nouvelle la constitution progressive de ces mobilisations citoyennes qui s'étendent au-delà des frontières ? En puisant des exemples dans différents domaines, nous chercherons à décrire et à caractériser ces expériences d'organisation décentralisée à l'échelle mondiale, qui comme le mouvement espérantiste, construisent des réseaux se structurant en maillage non hiérarchisé.

Il s’agit donc de considérer ici le phénomène espéranto comme structure matricielle qui permet d’analyser le fonctionnement de nombreux autres mouvements témoignant de l’émergence d’une société civile transnationale. Dans tous les domaines de l’activité humaine, les espérantistes ont proposé leur langue comme instrument auxiliaire de mise en relation des acteurs à l’échelle mondiale. Il s’agit en retour de nourrir ce questionnement par des exemples issus des sphères d’action et de pensée les plus variées caractérisés par des modes de dissémination similaires.

L'objectif du cycle d'ateliers est de fournir un lieu d’échange et de réflexion commune sur ces formes spécifiques de mondialisation, issues de mécanismes de mobilisation citoyenne ou militante mais sans projet direct et immédiat de transformation politique. Il vise aussi à structurer un dialogue entre jeunes chercheurs et chercheurs confirmés, pour des travaux qui s'inscrivent dans une perspective mondiale, durant le long XXe siècle. Il s’agit enfin de favoriser l’émergence de terrains de recherche radicalement nouveaux, de poser la question de la constitution des sources relatives aux mobilisations transnationales non institutionnalisées et de réinterroger la transition entre colonialisme et globalisation au prisme des pratiques alternatives qui s’y sont opposées.

Publications

(Selection)

Books

Eckert D. (2012), Le monde russe (The Russian World), 3d edition, Paris: Hachette, 254 p. [first editions : 2004 and 2007]

Brunet R., Eckert D., Kolossov V., dir. (1995), Atlas de la Russie et des pays proches Montpellier-Paris: Reclus - La Documentation Française, 208 p. ISBN 2-11-003428-9

Editorial of Books & Special Issues

Eckert D., Baron M., eds (2013), « La science, l’espace et les cartes », special issue, M@ppemonde, n°110 ; ISSN 1769-7298 http://mappemonde.mgm.fr/dos_science.html

Peer-Reviewed Journal Articles

accepted

Еккерт Д. (2019). Українські кордони: сучасний стан і проблеми. Український географічний журнал

published

Maisonobe, M., Jégou, L., & Eckert, D. (2018). Delineating urban agglomerations across the world: a dataset for studying the spatial distribution of academic research at city level. Cybergeo : European Journal of Geography, (871). http://journals.openedition.org/cybergeo/29637

Eckert, D. (2017). « L’Ukraine ou les contours incertains d’un Etat européen ». L’Espace Politique 33(3). http://journals.openedition.org/espacepolitique/4411

Eckert, D., & Lambroschini, S. (2017). La ligne de démarcation entre le Donbass et le reste de l’Ukraine. M@ppemonde, (119). http://mappemonde.mgm.fr/119lieu1/

Maisonobe, M., Grossetti, M., Milard, B., Jégou, L., & Eckert, D. (2017). The global geography of scientific visibility: a deconcentration process (1999-2011). Scientometrics. https://doi.org/10.1007/s11192-017-2463-2

Maisonobe, M., Eckert, D., Grossetti, M., Jégou, L., & Milard, B. (2016). The world network of scientific collaborations between cities: domestic or international dynamics? Journal of Informetrics, 10(4), 1025–1036. https://doi.org/10.1016/j.joi.2016.06.002

Maisonobe, M., Grossetti, M., Milard, B., Eckert, D., & Jégou, L. (2016). L’évolution mondiale des réseaux de collaborations scientifiques entre villes : des échelles multiples. Revue française de sociologie, 57(3), 417–441.

Grossetti M., Eckert D., Jegou L., Gingras Y., Lariviere V., Milard B. (2014), « Cities and the geographical deconcentration of scientific activity : a multi-level analysis of publications (1987-2007) », Urban Studies, 51(10) 2219–2234, doi: 10.1177/0042098013506047

Martin-Brelot H., Grossetti M., Eckert D., Gritsai O.,  Kovacs Z. (2010) « The spatial mobility of the 'creative class' : a European perspective », International Journal of Urban and Regional Research, Volume 34, Issue 4, Pages 725–1007

Contribution to Edited Volumes

Eckert, D., Gouzévitch D., Gouzévitch I., et Pane M.-N. 2018. « La Russie, construction et crise d’un système scientifique ». in Les ancrages nationaux de la science mondiale XVIIIe-XXIe siècles, édité par M. Kleiche-Dray. Paris: Editions des Archives Contemporaines - Presses de l’IRD, p. 323‑54.

Eckert, D., Grossetti M., Jégou L., et Maisonobe M. (2018). « Les villes de la science contemporaine, entre logiques locales, nationales et globales. Une approche bibliométrique ». in Les ancrages nationaux de la science mondiale XVIIIe-XXIe siècles, édité par M. Kleiche-Dray. Paris: Editions des Archives Contemporaines - Presses de l’IRD, p. 37‑64

Grossetti, M., Eckert, D., Maisonobe, M., & Tallec, J. (2016). Four Commonly Held Beliefs About the Geography of Scientific Activities. In R. Shearmur, C. Carrincazeaux, & D. Doloreux (Eds.), Handbook on the Geographies of Innovation. Cheltenham: Edward Elgar.

Baron, M., Maisonobe, M., Jégou, L., & Eckert, D. (2015). Villes européennes et production scientifique mondiale. In D. Pumain & M.-F. Mattei (Eds.), Données urbaines 7 (Economica, Anthropos, pp. 285–296). Paris. 

Eckert D., Murie A., Musterd S. (2010), « Pathways in Europe », in Making Competitive Cities, Musterd S., Murie A., Kovacs Z. (eds), London : Wiley-Blackwell, p. 35-42