Léo Texier
VITA
Français :
Après des études de philosophie à l’École Pratique des Hautes Études et à l’École Normale Supérieure, Léo Texier a soutenu en 2024 une thèse de doctorat intitulée Sur l’héritage romantique. Reprise et critique de la philosophie esthétique du Cercle d’Iéna chez Walter Benjamin, Georg Lukács et Carl Schmitt, sous la direction de Vincent Delecroix. Il a été durant deux ans ATER en esthétique et philosophie de l’art à l’Université Rennes 2 et est actuellement chercheur invité au Centre Marc Bloch à Berlin (2026). Ses recherches portent principalement sur la philosophie allemande et européenne contemporaine, l’esthétique et la philosophie politique. Parallèlement à ses travaux de recherche, il mène une activité de traducteur de philosophie et a traduit plusieurs ouvrages de Giorgio Agamben, Roberto Esposito ou Emmanuele Coccia.
Anglais :
After studying philosophy at the École Pratique des Hautes Études and the École Normale Supérieure, Léo Texier defended in 2024 a doctoral dissertation entitled Sur l’héritage romantique. Reprise et critique de la philosophie esthétique du Cercle d’Iéna chez Walter Benjamin, Georg Lukács et Carl Schmitt, under the supervision of Vincent Delecroix. For two years he served as ATER (temporary teaching and research fellow) in aesthetics and philosophy of art at Université Rennes 2. He is currently a visiting researcher at the Centre Marc Bloch in Berlin (2026). His research focuses primarily on contemporary German and European philosophy, aesthetics, and political philosophy. Alongside his academic research, he works as a translator of philosophy and has translated several books by Giorgio Agamben, Roberto Esposito, and Emmanuele Coccia.
Institution d'origine:
Centre Marc Bloch
Recherche
sujets de recherche
Philosophie politique, Esthétique, Histoire de la philosophie, Philosophe allemande (XIXe-XXe), Philosophie française contemporaine.
Projet de Recherche
Projet de recherche
Le projet de recherche qui sera réalisé au cours d’un séjour d’un semestre au Centre Marc Bloch comporte deux volets.
Partie 1 : Traduction
La première partie de ce travail consistera dans la traduction de l’ouvrage Politische Romantik du juriste et philosophe allemand Carl Schmitt.
Politische Romantik fut achevé en juillet 1918 et publié l’année suivante dans sa première version, avant d’être augmenté, pour la seconde édition de 1925, d’un texte écrit en 1920 intitulé Politische Theorie und Romantik. Il s’agit de l’unique ouvrage de Schmitt pour lequel nous ne disposons pas, à ce jour, de traduction intégrale en langue française. Il existe bien une traduction partielle, en français, de la seconde édition de 1925 (Carl Schmitt, Romantisme politique, P. Linn (trad.), Paris, Librairie Valois, 1928), mais celle-ci est toutefois rendue inexploitable, dans une perspective scientifique, par la grande latitude qu’elle s’autorise à l’égard du texte d’origine, dont environ un tiers est purement est simplement tronqué, et le reste très largement réécrit, constituant plutôt une libre adaptation. Pour notre traduction, nous nous référerons à la dernière édition allemande de référence : Carl Schmitt, Politische Romantik, Berlin, Duncker & Humblot, 1998.
S’il s’agit d’un ouvrage de jeunesse, Politische Romantik constitue néanmoins un texte décisif pour saisir la trajectoire intellectuelle de Schmitt dans son ensemble, dans la mesure où l’on y voit apparaître nombre de motifs qui deviendront structurant au sein de sa pensée – tels les linéaments de sa célèbre et influente théorie de la décision (Entscheidung) et sa critique radicale du libéralisme politique, dont le « romantisme » est considéré ici comme la « matrice spirituelle ». À dire vrai, peut-être les racines profondes de l’hostilité de Schmitt à l’égard du libéralisme ne se trouvent-elles nulle part exposées avec autant d’évidence que dans ce texte. Celui-ci fournit aussi, incidemment, un éclairage singulier sur les origines de son engagement aux côtés du Troisième Reich dès 1933.
Considérant l’influence considérable et controversée de Schmitt au sein de la théorie politique au vingtième siècle, y compris en France, il semble utile et nécessaire de fournir au lectorat francophone, et notamment aux politologues, théoriciens, historiens du droit et de la pensée politique, une traduction scientifique de référence de cet ouvrage.
Partie 2 : Étude critique
Du fait même du caractère éminemment problématique de la figure de Schmitt, en même temps que de sa grande influence, il s’impose d’accompagner cette traduction d’un essai critique visant à contextualiser l’ouvrage dans une perspective à la fois biographique, historique, et théorique.
La rédaction de Politische Romantik intervient à la suite une séquence culturelle initiée au tournant du siècle où l’on avait commencé à parler dans le monde germanique du « retour au romantisme » qui avait cours dans le cercle de Stefan George (avec lequel Schmitt lui-même s’était initialement reconnu des affinités[1]), puis de Neuromantik[2] ou « néoromantisme » pour désigner un ensemble plus large de jeunes poètes et écrivains au nombre desquels étaient inclus Rainer Maria Rilke, Hugo von Hofmannsthal ou encore Hermann Hesse.
Le texte de Schmitt, rédigé entre la fin de l’ère wilhelmienne et le début de la République de Weimar, prend néanmoins le contrepied, à l’égard du romantisme, de cette mouvance néoromantique. Politische Romantik est ainsi un essai animé par un dessein foncièrement polémique. Le mouvement de retour qui y est opéré aux sources de la Weltanschauung romantique et l’étude de sa postérité ne visent pas à s’en approprier l’héritage mais au contraire à en mettre en évidence la nocivité pour, finalement, convaincre de la nécessité de liquider le romantisme une fois pour toutes.
Loin de se limiter au cadre d’une querelle érudite, cette intention polémique est déterminée par le diagnostic que pose Schmitt sur l’influence durable et persistante du romantisme parmi les intellectuels et hommes d’État allemands jusqu’à sa propre époque. C’est ainsi que le romantisme représente, dans l’ouvrage de 1919, l’ennemi de Schmitt ;
ou, comme le titre l’indique, cet ennemi est plus précisément le romantisme « politique ». L’adjectif est d’importance car il constitue le syntagme en oxymore. Dans la compréhension qu’en a Schmitt, en effet, le romantisme semble être par essence antipolitique – il constitue même, plus précisément, en tant qu’attitude philosophique, la forme paradigmatique de la dépolitisation [Entpolitisierung] libérale, dont toute la modernité ne serait que le déploiement.
L’intérêt étonnamment spécifique du juriste pour le romantisme peut ainsi s’éclairer de cette façon : par lui Schmitt amorce son œuvre de théoricien en devenir du politique de la dépolitisation dans sa forme la plus consistante que constituerait le romantisme. Si Schmitt se consacre à une telle entreprise de démolition du romantisme, c’est donc parce qu’il vise lui-même à déterminer ses propres positions en opposition à celui-ci – se conformant déjà en cela au principe qu’il ne fixera qu’une décennie plus tard dans Der Begriff des Politischen de la détermination négative du « propre », l’ami, à travers la désignation de l’« autre », l’ennemi.
L’entreprise menée par Schmitt dans Politische Romantik, si elle est donc riche d’enseignements sur la démarche générale de ce dernier, ne va pas sans soulever d’importantes difficultés théoriques. Notre étude ne voudra aussi pas seulement proposer une contextualisation et une exégèse des thèses de Schmitt, mais aussi en proposer une critique, c’est-à-dire accéder, à travers la reconstruction et l’investigation la plus systématique de celles-ci, à certains impensés, et même certaines apories qui paraissent grever la pensée schmittienne. À partie de l’analyse du contenu de Politische Romantik et de la critique radicale de la modernité libérale qui y est entreprise, en rapportant celle-ci aux grands textes de la première période de Schmitt (Der Begriff des Politischen et Politische Theologie notamment) nous essaierons d’en interroger les axiomes fondamentaux, partant du postulat que cet ouvrage de jeunesse constitue une voie d’accès privilégiée à certains des nouages conceptuels les plus problématiques de la pensée de Schmitt.
[1]À ce propos on consultera R. Mehring, Carl Schmitt: Aufstieg und Fall, Munich, C.H. Beck, 2009, p. 49 sq.
[2] F. Bancaud, « La “Neuromantik” : une notion problématique », in Romantisme, n° 132, 2006 pp. 49-66.
Stipendium
Research Grant in Germany 2026 – DAAD
Titre de la thèse:
Sur l'héritage romantique. Reprise et critique de la philosophie esthétique du Cercle d'Iéna chez Walter Benjamin, Georg Lukács et Carl Schmitt.
Institution d'inscription en thèse:
École Pratique des Hautes Études
Encadrement
Vincent Delecroix
Publications
Contributions et publications originales :
2026 Article de revue : « Histoire et essence de l’art dans le Studium-Aufsatz de Friedrich Schlegel » à paraître dans Études germaniques, n° 1-2026.
2026 Avec Pierre Rusch. Entretien à propos de la nouvelle traduction de La Théorie du roman de G. Lukács : « La Théorie du roman : retraduire un classique. Entretien avec Pierre Rusch »*. Paru sur Fabula, le 17 janvier 2026. (URL : https://www.fabula.org/acta/document20498.php)
2025 « Relire le jeune Lukács. À propos de la nouvelle traduction de “La Théorie du roman” par Pierre Rusch »*. Recension pour la revue Europe de la nouvelle traduction de La Théorie du roman de G. Lukács par P. Rusch (Romanesques, hors-série 2023, Georg Lukács, « La Théorie du roman » Classiques Garnier, 2024.) À paraître, 1er semestre 2025.
2023 Entretien avec le philosophe et historien Michael Löwy à propos de la publication de son ouvrage Marx inconnu, Le Retrait, 2022 : « Marx est indispensable, mais quel Marx ? Entretien avec Michael Löwy » en ligne Contretemps.
2023 Entretien avec le philosophe et historien Michael Löwy à propos de la réédition de son ouvrage La théorie de la révolution chez le jeune Marx : « Faire une analyse marxiste de la pensée du jeune Marx. Entretien avec Michael Löwy »*, pour la revue en ligne Contretemps.
2020 « Introduction » à Travailler use, recueil de poésie de Cesare Pavese, Payot & Rivages, janvier 2021.
2020 « Préface » à Venise sauvée de Simone Weil, Rivages, juin 2020.
Traductions :
2026 Traduction de l’anglais de l’ouvrage d’Omri Boehm : Universalisme radical. Par-delà l’identité, à paraître aux éditions Rivages en mai 2026.
2025 Traduction de l’italien de l’ouvrage de Giorgio Agamben : L’Esprit et la lettre. Sur l’interprétation des Écritures, Rivages, 2025.
2022 Traduction de l’italien de l’ouvrage de Giorgio Agamben : Pinocchio. Les aventures d’un pantin doublement commentées et trois fois illustrées, Rivages, 2022.
2021 Traduction de l’italien de l’ouvrage de Giorgio Agamben : Quand la maison brûle, Rivages, 2021.
2021 Traduction de l’italien de l’ouvrage d’Emmanuele Coccia : Philosophie de la maison, Rivages, 2021.
2021 Traduction de l’italien de l’ouvrage de Roberto Esposito : Immunitas : protection et négation de la vie, Seuil, 2021.
2021 Traduction de l’italien d’un article de Roberto Esposito : « Immunité commune », paru dans l’ouvrage collectif La société qui vient, Didier Fassin (dir.), Seuil, 2021.
2020 Traduction de l’italien d’un recueil de poèmes choisis de Cesare Pavese : Travailler use, Rivages, janvier 2021.
2020 Traduction de l’italien d’un entretien avec Roberto Esposito : « La viralité paraît constituer l’essence même du mal » dans Par ici la sortie !, n°1, Collectif, Paris, Seuil, juin 2020.
2020 Traduction de l’italien de deux textes de Roberto Esposito : « Politique et vie aujourd’hui » ;
« Europe et philosophie », parus dans A.O. C média, mai 2019.