ONLINE – Andrzej Leder : La Révolution des somnambules

14.12.2020
10:00

Please note that this event takes place online only. External interested parties can register for the ZOOM event at the following address and will be sent the login details: anmeldung@cmb.hu-berlin.de Durant les années 1939-1956 une révolution sociale se produisit en Pologne, cruelle, brutale, imposée de l’extérieur, mais révolution quand même. Elle a labouré le tissu de la société polonaise dans ses profondeurs extrêmes, mettant en place les conditions d’expansion actuelle de la classe moyenne, autrement dit de la bourgeoisie. Ce qui signifie à son tour qu’elle a ouvert la voie à un changement, peut-être bien le plus profond depuis des siècles, dans la mentalité des Polonais : l’abandon d’une mentalité définie par la campagne et la métairie au profit de celle déterminée par la ville et son mode de vie. Cette révolution demeure toutefois absente de la pensée. La méconnaissance de cet événement, de ce tournant dans l’histoire polonaise, méconnaissance qui a des fondements importants et compréhensibles, empêche la classe moyenne, classe actuellement la plus puissante de la société, de prendre conscience de soi. Ne sachant pas d’où elle vient, voire ayant une mauvaise conscience due au souvenir effacé de la violence à laquelle elle doit son existence, cette nouvelle force, extrêmement puissante, évite la définition claire de son identité. Elle baigne dans des rêveries nostalgiques à propos de son passé pseudo-nobiliaire, à propos de manoirs et de terres, d’insurrections et de cimetières ou bien « décolle » en direction de modèles hyper-globaux, dont un exemple parlant est le succès époustouflant de la consommations des sushis par la classe moyenne de le premier moment de la transformation des années 90. En évitant la prise de responsabilité de soi et des autres, tant au niveau de la culture que des idées et qui serait à la hauteur du rôle social qui est le sien et de la force politique qu’elle représente, la nouvelle bourgeoisie s’interdit de prendre part à la vie publique en tant que sujet politique conscient de soi. Et quand la force sociale la plus importante est privée d’identité adéquate, la société polonaise dans son ensemble se perd dans des idées d’autrefois sur elle-même, sans pouvoir répondre à cette question simple : qui sommes-nous et qui voulons-nous être, aujourd’hui, ici et maintenant, ainsi que demain ? Kommentar: Jérôme Heurtaux (CEFRES, Prag)