Léa Renard | Chercheuse associée

Dynamiques et expériences de la globalisation
Centre Marc Bloch, Friedrichstraße 191, D-10117 Berlin
Email: renard  ( at )  cmb.hu-berlin.de Tél: +49(0) 30 / 20 93 70700

Institution principale : Freie Universität Berlin | Discipline : Science Politique , Sociologie |

Biographie

  • Depuis Janvier 2020 : Chercheuse post-doctorale au sein du projet "Le travail forcé, une catégorie globale en mutation" (financé par la DFG), Lateinamerika-Institut, Freie Universität Berlin
  • Juin 2018-Décembre 2019 : Assistante de recherche au Wissenschaftskolleg zu Berlin
  • Octobre 2013-Avril 2019 : Thèse en Cotutelle en science politique et sociologie, Université de Potsdam et Université de Grenoble Alpes
    Titre de la thèse : "Socio-histoire de l'observation statistique de l'altérité : Principes de classification coloniale, nationale et migratoire en France et en Allemagne (1880-2010)"
  • 2011-2013 : Master de Science politique, Institut d'Etudes Politiques de Grenoble
    Spécialité : "Sciences de gouvernement comparées"
    Mémoire de master : "Gouverner la population nationale par les chiffres: Socio-histoire de la statistique des migrations en France et en Allemagne au XIXe siècle (1860-1899)"
  • 2011-2012 : Semestre ERASMUS à l'Université d'Innsbruck, Autriche
  • 2010-2011 : Licence de Sociologie, Université Pierre Mendès France, Grenoble II
  • 2009-2011 : Bachelor de Science Politique, Institut d'Etudes Politiques de Grenoble
    Section Politique.

Fichier avec CV
Bourse

  • 1.10.-30.11.2017 : Bourse de fin de thèse du Centre Marc Bloch
  • 01.03.-31.08.2015 : Bourse de mobilité ExploRA Doc (Région Rhone-Alpes)
  • 1.04.- 30.06.2014 : Bourse de mobilité du CIERA

(cotutelle)
Titre de la thèse

Socio-histoire de l'observation statistique de l'altérité : Principes de classification coloniale, nationale et migratoire en France et en Allemagne (1880-2010)

Résumé de la thèse

Autour de 1990 en France et de 2005 en Allemagne, deux nouvelles catégories sont introduites dans le champ de la statistique de la population. Toutes deux, « immigré » et « Person mit Migrationshintergrund », font appel au registre de la migration pour qualifier un groupe de population. Notre analyse montre que ces deux événements sont révélateurs d’un changement de signification des catégorisations statistiques de la migration dans les deux pays, de la description de la mobilité vers l’observation de l’altérité de la population, changement lié au contexte de la politique publique dite d’« intégration » qui se développe en France et en Allemagne dans les années 1990-2000. La thèse interroge ainsi la manière dont la statistique rend la migration socialement pertinente pour construire l’altérité. Pour pouvoir comprendre le virage entrepris dans les nomenclatures statistiques et le resituer dans une perspective de longue durée, nous avons postulé qu’il fallait aller chercher dans l’histoire de la statistique ce qui avait tenu lieu de classification principale de la population, en lieu et place des nouvelles catégories inventées au tournant des XXe et XXIe siècles. Nous nous sommes donc interrogée sur la genèse et l’institutionnalisation des catégories de l’altérité et de la mobilité dans la période 1880-1914, alors que la France et l’Allemagne, à l’époque le Deutsches Kaiserreich, se constituent en États-nations et en empires coloniaux. Pour observer ces processus empiriquement, nous avons choisi de comparer les pratiques de catégorisation de l’altérité et la mobilité (1) en France et en Allemagne, (2) à deux périodes différentes, 1880-1914 et 1990-2010, et (3) dans le contexte métropolitain et colonial. L’analyse socio-historique comparée d’après la méthodologie de la comparaison en contexte a reposé sur une asymétrie assumée entre les deux périodes étudiées : tandis qu’il s’agissait de reconstruire la genèse des catégories « immigré » et « Person mit Migrationshintergrund » à deux moments distincts temporellement en France et en Allemagne, l’analyse de la période 1880-1914 a consisté à mettre au jour ruptures et continuités historiques des principes de classification sur l’ensemble de la période dans une perspective croisée. La démarche n’est ni chronologique ni rétrospective : elle contraste deux configurations historiques pour tenter d’identifier des ressemblances et des différences. Nos résultats montrent qu’entre 1880 et 1914, la catégorie de migration est majoritairement associée à un phénomène de mobilité dans les discours politiques et statistiques. À cette époque, la focale se porte sur l’émigration, redéfinie comme un déplacement géographique en dehors des frontières de la nation et de l’Empire. Le transport des « émigrants », catégorie de population qui nourrit le débat et les tableaux statistiques, fait l’objet des problématisations politiques. Les statistiques relatives à l’émigration comme mobilité étaient alors séparées de l’observation de la composition de la population, à travers le critère de la nationalité dans le contexte métropolitain et des schémas « raciaux » dans le contexte colonial. En 1990 en France et 2005 en Allemagne, le registre de la migration est mobilisé cette fois pour observer statistiquement la composition de la population. Nos résultats ont permis de mettre au jour trois principes de construction de l’altérité dans les deux pays et dans les deux périodes étudiées : un principe national, un principe colonial et un principe migratoire. La thèse développe ainsi une approche renouvelée des interactions entre observation statistique et politique publique, en testant empiriquement sur le terrain des statistiques relatives à la migration l’hypothèse de la « circularité du savoir et de l’action » mise au point par Alain Desrosières.

Directeur de thèse

Theresa Wobbe (Universität Potsdam) - Martine Kaluszynski (Sciences Po Grenoble, PACTE-CNRS)

Projets

Le travail forcé, une catégorie globale en mutation : classification, comparaison et significations du travail au sein de l’Organisation internationale du Travail (OIT), 1919-2017

37 | 2020 Revue d'histoire des sciences humaines. "Nommer les savoirs"

30 septembre 2020

Guillaume Mouralis , Martin Herrnstadt , Léa Renard , Serge Reubi , Nikola Tietze

Artikel
Revue d'histoire des sciences humaines
Edition: Éditions de la Sorbonne
Collection: Revue d'histoire des sciences humaines
ISBN: 979-10-351-0593-8

Les noms des savoirs sont souvent des boîtes noires que l’on manipule avec ingénuité. Pourtant, qu’ils forgent de nouveaux intitulés pour leurs pratiques savantes ou reprennent des dénominations existantes, les savants eux-mêmes y prêtent une grande attention. Étudier la façon dont on nomme et regroupe les savoirs permet de travailler sur leur émergence, les conditions de leur succès, leurs resémantisations invisibles ou les controverses qui les ont traversés. La dénomination et l’agrégation des savoirs sont indissociables de partitions, de découpages et de distinctions. À travers l’analyse des différentes épithètes feuilletant la « géographie » dans la France des xixe-xxe siècles, on met par exemple au jour une histoire beaucoup moins unitaire que ne le voudraient les représentations autochtones. Souvent transnationaux, les cas étudiés témoignent des appropriations variées d’un même terme comme « enquête », « ethnopsychiatrie » ou le diptyque philologie/linguistique. Enfin, en s’arrêtant sur « behavioral sciences », « moral sciences », « Geisteswissenschaften » ou « sciences humaines » c’est l’objet même de la Revue d’histoire des sciences humaines qui se trouve interrogé.


Publications

CV HAL

  • Direction d’ouvrages et de numéros de revue

Isabelle Berrebi-Hoffmann, Olivier Giraud, Léa Renard et Theresa Wobbe (dir.) (accepté pour publication, 2019) : Categories in Context. Gender and Work in France and Germany, 1900-Present, New York: Berghahn Books.

Léa Renard et Naomi Truan (2016) : Coordination du numéro : « Identités en mouvement. Pratiques interdisciplinaires autour d’un concept controversé », Trajectoires [En ligne], Hors-série | 2016.
URL : https://trajectoires.revues.org/1832.

  • Chapitres dans des ouvrages collectifs

Léa Renard (accepté pour publication, 2019) : « The Grey Zones Between Work and Non-work: Statistical and Social Placing of ‘Family Workers’ in Germany (1880 – 2010) », in : Isabelle Berrebi-Hoffmann, Olivier Giraud, Léa Renard und Theresa Wobbe (dir.), Categories in Context. Gender and Work in France and Germany, 1900-Present, New York : Berghahn Books.

Theresa Wobbe, Maike Bussmann, Carolin Höroldt et Léa Renard (accepté pour publication, 2019) : « ‘The Family’s Economic Charm’. Recent Reclassifications of Maternity, Employment, and Family in German Policy from a Historical-Sociological Perspective, 1900-2010 », in : Isabelle Berrebi-Hoffmann, Olivier Giraud, Léa Renard und Theresa Wobbe (dir.), Categories in Context. Gender and Work in France and Germany, 1900-Present, New York : Berghahn Books.

  • Articles dans des revues à comité de lecture

Léa Renard (2018) : « Mit den Augen der Statistiker: Deutsche Kategorisierungspraktiken von Migration im historischen Wandel », Zeithistorische Forschungen, vol. 15, n°3, Numéro spécial « Flucht als Handlungszusammenhang » (sous la direction de Bettina Severin-Barboutie et Nikola Tietze). URL : https://zeithistorische-forschungen.de/3-2018/id=5613

Theresa Wobbe, Léa Renard et Katja Müller (2017) : « Wirtschaften mit der Differenz: Deutungsmodelle des Geschlechts im Spiegel arbeitstatistischer und -rechtlicher Kategorisierungsprozesse von Arbeit (1882-1994) », Soziale Welt, vol. 68, p. 63-85.

Theresa Wobbe et Léa Renard (2017) : « The Category of “Family Workers” in International Labour Organization Statistics (1930-1980s): A Contribution to the Study of Globalized Gendered Boundaries Between Household and Market », Journal of Global History, vol. 12, n° 3, p. 340-360.

Naomi Truan et Léa Renard (2017) : « Dire l’intégration. Les rapports francais et allemands sur l’intégration entre injonction à la neutralité et volonté d’influence (1991-2014) », Mots. Les langages du politique, n°114, p. 77-93.

Léa Renard et Naomi Truan (2016) : « Identitäten in Bewegung. Wege zu einem interdisziplinären Forschungsdesign zwischen Sprach- und Sozialwissenschaften », Trajectoires [En ligne], Hors-série | 2016. URL : http://trajectoires.revues.org/1833

  • Proceedings et working papers

Léa Renard (2014) : « The statistical construction of alterity: Governing national population by numbers in France and Germany (1860-1900) », in : Per Wisselgren, Peter Baehr, Kiyomitsu Yui (dir.), International Histories of Sociology. Conference Proceedings of the Research Committee on History of Sociology from the XIV ISA World Congress of Sociology in Yokohama, 13-19 July 2014, 2014, p. 225-240.