Vortrag

Vincent Bonnecase : "Les prix de la colère. Une histoire de la vie chère au Burkina Faso"

07. Dezember | 10:00

Vortrag : Vincent Bonnecase (CNRS - LAM) ; Discutant: Joel Glasman (Universität Bayreuth)

Croire (ou pas) au marché. La colère face à la vie chère au Burkina Faso

Au Burkina Faso comme dans d’autres pays, les prix occupent une place essentielle dans l'expression de la colère. On peut l'observer à partir des mobilisations contre la vie chère qui se sont multipliées depuis le début des années 2000 (les émeutes, labellisées "de la faim" en 2008, en constituant l'exemple le plus frappant), mais aussi à partir de discussions quotidiennes autour de "ce qui ne va pas" ou de "ce qui n'est pas juste".

Pareille place ne s’explique pas seulement par la réalité matérielle, même si les biens de consommation courante sont soumis à des fluctuations importantes depuis la libéralisation des années 1990. Mais elle ne saurait non plus simplement s’expliquer par les dynamiques de la mobilisation, même si les organisations protestataires, particulièrement actives dans le pays, ont œuvré à cadrer le mécontentement social autour de la thématique des prix depuis une trentaine d'années.

Il est important, pour comprendre cette place des prix dans l’expression de la colère, de s’interroger sur les représentations populaires de l’économie. Au Burkina Faso, les variations de prix sont communément imputées à une responsabilité politique, comme si personne ne pouvait sérieusement croire au marché, comme lieu de rencontre abstrait entre l’offre et la demande. Une telle imputation s’inscrit dans une longue histoire qui a vu les prix, depuis la période coloniale, constituer un moyen privilégié d’administration de la justice sociale. Elle découle aussi de la structure de circuits de distribution, contrôlés en leur sommet par quelques entrepreneurs formellement ou informellement liés à l’État. Elle résonne enfin avec des manières de consommer qui confèrent à un petit nombre d'objets une valeur particulière dans les imaginaires populaires.

Tout cela amène une partie importante de la population à voir dans le prix, non pas la résultante d’un marché insaisissable, mais un biais de gouvernement mis en œuvre par des pouvoirs concrets. Cela invite aussi, plus largement, à prendre au sérieux la colère ordinaire du quotidien (quand bien même elle ne se traduit pas par de la révolte) aux côtés de ses formes les plus bruyantes et les plus visibles.

Cette recherche repose sur le dépouillement d’archives coloniales et burkinabè, sur l’observation de plusieurs mobilisations survenues depuis 2008, ainsi que sur des entretiens réalisés depuis 2013 avec des personnes habitant dans des quartiers populaires de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, les deux principales villes du pays.

Vincent Bonnecase est chargé de recherches en science politique au CNRS et co-rédacteur en chef de la revue 'Politique Africaine'.  Il travaille sur l'histoire de la pauvreté en Afrique sahélienne , les savoirs et statistiques internationales sur les niveaux de vie, ainsi que sur les mobilisations sociales, la vie chère et la politique des prix. Il a notamment publié en 2011 "La pauvreté au Sahel. Du savoir colonial à la mesure internationale" chez Karthala

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© Centre Marc Bloch 2018 - Deutsch-Französisches Forschungszentrum für Sozialwissenschaften, Berlin

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